• Marais enchanteur

     

    Une barque plate amarrée au bout d'une chaîne vous invite au voyage au pays de la masse sauvage.

    "Venise Verte" dit-on pompeusement, "Marais Enchanteur", pour moi, tout simplement.

    Si par un jour d'automne vous parcourez ses conches et ses marais humides, dans un premier temps le marais vous enchantera par la beauté de sa luminosité pâle et soutenue à la fois, puis il vous envoûtera par le charme du "bruit" de son silence.

    Son éclat il le doit au soleil qui se réverbère dans l'eau de la Sèvre, notre rivière, pour se reflèter réciproquement dans le paysage mouvant.

    En ce début d'automne les arbres à feuilles caduques ont un effet chatoyant, le vert jade des chênes se marie avec le roux vermillon des platanes, le brun cuivré des érables et le jaune doré des frênes. Les saules olivâtres pleurent de toutes leurs branches cette saison qui les prive de leur ramage verdoyant. Les chênes centenaires imposent leurs statures de géant.

    Ces couleurs hautes en dimension font un contraste avec le vert émeraude des prairires traversées par ces rigoles d'eau recouvertes d'une mince pellicule vert tilleul caractérisée par les pustules des "lentilles" qui se laissent bercées par les vaguelettes produites par la brise automnale.

    Au coeur du marais toute la vie semble se dérouler au ralenti, comme si tout l'environnement retenait son souffle pour ne pas déranger la faune et la flore. Seuls les peupliers, bien alignés, mettent une note d'ordre dans ce paysage inculte et inapprivoisé.

    Ici une touffe d'iris rivalise avec une potée de calthas pour exiber le jaune de leurs fleurs. Là, dans l'eau, les nénuphars eux aussi apportent une note de nuance safranée.

    En se promenant sous les voûtes entrecroisées des branches d'arbres l'on éprouve une sensation pénétrante et magique de ces lieux inhabités. Un sentiment de tranquillité apaisante vous enveloppe et vous parcoure le corps d'un frisson empreint de fraîcheur.

    L'odeur d'humidité qui s'en dégage se mêle aux senteurs aromatiques de plantes et d'herbes et l'émanation qui s'en répand attise les sens de ceux qui pénètrent dans ces lieux mystérieux.

    Vous ne pouvez pas empêcher votre regard d'observer autour de vous car de tous les côtés vous avez la sensation d'être épié par des milliers de paires d'yeux. Des chevreuils curieux dissimulés derrière les troncs des frênes têtards vous observent d'un regard interrogateur. Un ragondin tapi dans l'herbe fraîche se faufile au moindre mouvement humain et se réfugie dans l'onde dormante en réveillant les grenouilles qui se chauffent au soleil le long des fossés.

    Les martins-pêcheurs, les pies et les corbeaux vous accompagnent dans votre promenade, plus peureux, les hérons restent à l'écart pour marquer leur indépendance. Patinant sur l'eau les canards col-vert et les poules d'eau dansent autour des brêmes, des brochets et des carpes, tandis que les cygnes majestueux glissent en silence en laissant derrière eux un sillage qui se referme rapidement sur leurs traces liquides.

    Vos propres pas renvoient un crissement aigu sur le sol recouvert d'une couche épaisse de feuilles multicolores ce qui ajoute une note sonore à cet endroit énigmatique.  Le jour décline, le soleil se fraie un chemin à travers les branches à moitié dénudées pour tout à coup disparaître à l'horizon.

    Une brume translicide s'évapore de l'eau et de la terre pour envelopper le marais d'une toile cotonneuse et d'une lumière grise. Peu à peu les ombres se volatilisent clandestinement pour laisser à notre vision l'impression d'un mirage.

    Lorsque vous vous éloignez de cette zone étrange votre perception de l'inexplicable vous incite à constater que le marais, "notre marais poitevin", restera de tout temps à la fois palpable et inaccessible, coutumier et déconcertant, engageant et nébuleux, mais tellement séducteur.


  • Commentaires

    1
    llfleurbleue
    Jeudi 22 Janvier 2009 à 15:46
    tr?joli texte
    biz patou
    2
    MENEGMJFICTIONS
    Jeudi 19 Février 2009 à 03:46
    Je n'ai pas la chance de conna?e ce marais que vous d?ivez si bien. Etes-vous du petit nombre ?ivre en son coeur ?
    Bien ?ous, Marie-Jos?e
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